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Le 21 décembre 2010
 

 

Le mal, la souffrance et la mort.

 

Partie1- le mal

 

 

 

"Oser appréhender le grand mystère du mal, c'est reconnaître notre désarroi" (Paul Ricoeur).

 

Ma lecture de ce chapitre du livre "le baiser de Dieu" de Annick de Souzenelle, est reprise ici, car je médite en cette période de fêtes sur ce qui apporte tant de souffrances à l'humanité, alors que le bonheur devrait être le lot commun des hommes. Je voudrais que ce message, apparemment éloigné de l'esprit festif, se transforme en message d'espérance et d'amour! Je commence aujourd'hui par ce qui est souvent considéré comme un fléau inéluctable. Je voudrais en donner ma vision (et j'espère ne pas trop déformer la pensée de Annick de Souzenelle), en commençant par le mal. La lecture des Ecritures nécessite certainement une connaissance de la tradition qui peut s'acquérir par la réfexion sur les textes ans les rejeter à priori.

 

La source du mal est dans le "faire"

 

 

 

 

La tradition chrétienne des Pères de l'Eglise est déconcertante. Au douzième siècle, Maxime le Confesseur l'inscrit dans une dichotomie    qu'il identifie à celle du spirituel contre le matériel. Spirituellement, la création visible est l'arbre de la connaissance du Bien, et dans son aspect matériel, c'est celui de la connaissance du mal. Ailleurs, il identifie le corps humain à cet aspect matériel et en fait un élément du mal, mais il ajoute: "le mal est tantôt du bien, tantôt du mal et il en est de même pour le bien". Il semble se contredire quand il affirme que le mal n'a pas d'existence propre et n'en n'aura jamais (il n'est ni..., ni ...).

 

Le substantif Hébreu R'a, traduit par "le mal", est l'inaccompli, l'inconscient. Mais s'il est prononcé Réa il est le prochain. En chacun de nous, en l'autre côté de nous, il est l'inconscient, qu'habitent ces différents niveaux du réel, qu'habitent toutes les étoiles, toutes les galaxies, tous les mondes, tous les êtres. Aime ton prochain parce qu'il est toi-même pourrait-on dire

"La traduction officiellement donnée (dans ce corpus Tob wa-R'a), du bien et du mal, est une grave erreur". En faisant germer L'arbre de la connaissance au coeur du jardin d'Eden, Dieu aurait-il fait germer lemal au milieu de la jouïssance?

 

 

Or tout nous le dit, le théâtre est grandiose, La moindre fleur dans son élégance et l'arabesque unique de sa géométrie, dans le mystère chromatique de sa couleur et de son parfum,dans ses vertus souvent guérissantes et son offrande muette, dont on sait que tout cela ne fait qu'un, la fleur affirme en cette unité une parfaite finalité née des noces secrètes du ciel et de la terre. et cela est vrai en toutes choses jusqu'à la plus somptueuse des étoiles, toutes obéissent à un rythme cosmique, à une pulsion de vie, celle-là même qui court dans les membres de l'homme, qui le fait croître et devrait le conduire au couronnement royal auquel il est promis. La création est grandiose et le mal n'y a pas de place. L'arbre de la connaissance est celui de l'accompli et du non encore accompli du Fils de l'Homme dont le germe fonde le créé. En ce qui est accompli du Nom, l'homme participe de la lumière Divine et pour ce qui n'est pas encore accompli, il est dans les ténèbres.

Mais les ténèbres ne sont pas le mal. Elles sont faites d'énergies potentielles appellées à donner leur information et à construire l'arbre de la connaissance qu'est l'homme et dont le fruit sera le Nom, participant de YHWH, "je suis".

La source du mal est dans le "faire". Ce n'est pas dans le créé, le Divin, mais dans le "faire" de son devenir.

 

 C'est dans le regard non voyant de l'homme, dans son coeur détourné par la coupure d'avec lui-même, rendu sourd à l'information fondatrice contenue dans sa chair.Le mythe de l'exil fait l'objet du chapître 3 de la genèse. Après que l'Adam, différencie de son 'Isha a été instruit du travail qu'il a à accomplir, lui et son 'Isha sont tous deux nus, connaissant du chemin, donc ils peuvent l'accomplir, ils ne sont plus confondus. Il vient de vivre l'extase de cette découverte, une expérience de lumière, et maintenant il est appelé à descendre dans ses ténèbres, dans son inaccompli, trou infiniment profond où il retrouve son 'Isha, celle qui se prépare à devenir son époux. Ces multiples aspects du féminin de tout être humain , jouent en dialectique, car le créé est dualité en deux pôles opposés; les cieux (Shamaîm) représentant la part féminine du créé et la part mâle étant la terre (Erets). Cette dualité s"est aussi exprimée par l' humide (les eaux du Déluge) et le sec (la terre). Les eaux constituent la 'Adamah matricielle où, par étapes s'opère la gestation du Fils.On peut voir ici le duel des "deux Noms" et nous sommes à tenir ensemble dans le Créé les deux termes d'une contradiction qui n'est dépassée que dans l'Incréé. Dans le Créé qu'il fonde, il est l'autre avec les antagonies de la dualité, il est l'épée à double tranchant qui tue et vivifie, mais c'est le même en amont. Le quatrième jour, Dieu dit: "Que soit une rupture dans les Shamaîn pour séparer le jour et la nuit et que les deux (de la rupture)  soient les signes pour les temps (de témoignage), et pour (la lumière) des jours et qu'ils servent de luminaires...". Il y  une confusion entre les mots "rupture" et "luminaire", tous les deux prononcés 'Morot, mais pourtant légèrement différents, ce qui amène le traducteur à ne parler que des "lumanitaires" et à effacer l'acte séparateur de Dieu au niveau des Shamaim. Et Elohim fait des deux de la rupture les grands; le luminaire "le grand" pour présider au jour ,et le luminaire "le petit" pour présider à la nuit, et les étoiles.Cette dualité au coeur du Saint Nom annoncée dans le créé par le mot Shamaîm ne s'effectue et ne prend sens que dans "le faire":  Dieu fait les deux grands de la rupture.

 

Le Satan adversaire.

 

L'un des Séraphins est le Satan, intimement lié au tranchant de l'épée, ontologiquement destructeur. Par contre, le tranchant lié à la Lumière introduit l'homme à sa marche vers l'Unité. Le tranchant "ténèbres" pénètre le multiple en lequel YHWH se donne en serviteur et ce serviteur est le Satan, ce qui signifie l'Adversaire. Il n'est pas l'Ennemi, sa fonction ontologique est de de se tenir sur l'autre versant de l'homme, l'Adam, et de lui présenter les énergies encore inaccomplies par lui et lui demander de les reconnaître, les nommer, les travailler et en libérer leur information-lumière. Il est appelé à jouer avec la Saint Nom en son tranchant nocturne dans une intelligence commune quant à la part divino-humaine, voire une complicité  comme le livre de Job le laisse entendre.

 

 

 

 

 

                                                     Le Satan Ennemi.

 

Mais il semble que le Satan n'exerce pas de façon juste la tâche qui lui revient. De même que la lune n'éclaire nos nuits que de la lumière qu'elle reçoit du soleil, de même le Séraphin ne rayonne que de la splendeur du Saint Nom. Il reçoit de Lui les ordres et les limites dans lesquels ils doivent être exécutés eu égard aux lois ontologiques dont il prend connaissance. Cest pourquoi le mot 'Arom, traduit par nu, lorsqu'il qualifie l'Adam et par rusé lorsqu'il qualifie le Satan-Serpent, signifie essentiellement "la connaissance du chemin de l'Adam et le savoir-faire pour l'accomplir" que partagent l'Adam et le Satan.

Comme dans les arts martiaux, les adversaires s'affrontent sans être ennemis, et tout se joue selon selon une stratégie de déstabilisation réciproque pour faire jaillir de chacun une force et une connaissance insoupçonnées de lui. Le jeu entre l'homme et le Satan exige de leur rapport une grande justesse et une extrême vigilance. Chacun, dans cette dynamique doit y avoir sa juste place. Cette juste place, que nous pouvons appeler le Bien exprime une justesse d'orde ontologique infiniment supérieure au bien du registre moral.

A ce niveau du "faire" ontologique, on peut introduire aussi la notion de mal dans la perspective d'une brisure de cette justesse, dont le mal tel que nous le connaissons serait la conséquence?). Ici je trouve encore la notion de brisure de symétrie et je suis ramené à la physique avec la brisure de symétrie qui a amené aux 4 forces fondamentales de l'univers.

Ainsi, sur le chemin de vie que rythment les mutations de l'homme, les trois personnes sont en présence: Le Saint Nom et Satan d'une part, et d'autre part l'homme. Tout porte à croire que le Satan est saisi d'une jalousie tragique envers YHWH, il veut briller de sa propre lumière et ruse de tout son savoir-faire afin de devenir le maître. Ainsi Satan s'adresse à 'Isha, cette part nocturne, inconsciente, la plus fragile de l'être que l'Adam devait garder et cultiver. Éblouie, 'Isha s'extasie. Le fruit est bon à manger (désir de jouissance), désirable pour la vue, (désir de possession) et précieux pour réussir (désir de puissance). Alors l'Adam se nourrit d'une illusoire divinité (c'est à dire l'envers d'une eucharistie). Il se croît totalement accompli et n'a plus de regard pour son inaccompli ("Isha), je suis YHWH pense t-il.

L'homme qui mange le fruit de l'arbre de la connaissance avant de l'être devenue par la voie de ses mutations mute en régression, comme Dieu l'avait prévenu.

          La ruse de Dieu.

 

  Le mal prend racine dans le "faire" et non dans le créé a-on dit. D'abord dans la part divine du faire en la personne de Satan jaloux de Dieu, puis de l'homme; la chute des mondes angéliques aurait précédé celle de l'homme, dit la Tradition qui insiste sur la liberté redoutable de ce tout ce qui a vie. Ensuite dans la part humaine du "faire" en la personne de l'Adam, ébloui à son tour par le fruit que lui tend son 'Isha, sa part féminine. Il oublie la garde qu'il devait exercer envers son épouse (En effet, nous ne regardons pas notre inconscient); il raye d'un coup la mémoire des lois qui devaient présider au chemin de conquête du fruit (légereté, paresse, séduction). La liberté de ces êtres étant absolue, les conséquenses sont là, tragiques. Mais, les aimant et leur pardonnant, Dieu leur expose le possible recouvrement ontologique, mais il est impuissant à en changer le cours tant que le retournement ne vient pas d'eux, et d'abord de l'Adam, dernier acteur décisif de l'effondrement et tout premier reconstructeur possible de l'édifice ontologique.

Il est impuissant, mais plus rusé que le ruseur et pusque c'est à l'homme de reconstruire, Dieu se fait homme afin que l'homme puisse retrouver son souvenir Divin. Il s'incarne en l'Adam afin de rencontrer le Satan au cours des mutations, et le vaincre. 

En fait; les deux ruses coexistent. Celle de Satan inaugure les temps historiques de l'exil, et celle de Dieu est du registre de l'éternité, elle habite tous les instants

de notre histoire dès le commencement de l'exil, même si historiquement, la rencontre YHWH-Satan se joue au cours des temps.

       

 

  Le retournement.

La conversion de Saint Paul

Le mot Teshoubah, traduit par pénitence, est plus qu'un regret. C'est une mutation telle que, l'oeil ontologiquement ouvert, l'homme voit avec une conscience neuve.   Il ne sera pas compris par ceux qui restent en exil. Jugé et rejeté par ceux qu'il déstabilise, l'homme qui se "retourne" est seul. Il est seul d'une solitude insupportable s'il n'est pas solidement ancré en son propre et vrai soleil, son Nom secret, désormais vivant, car "Bar Abbas", le fils du Père est libéré. L'éthique de cet état ne peut plus référer aux valeurs de bien-mal, permis-défendu. Elle est fondée sur l'être, lancé dans la dynamique de l'image à la ressemblance, sur l'obéissance au Dieu secret de l'être, obeissance qui ne fait qu'un avec la liberté de la personne. Retourné vers lui-même, l'homme se voit inaccompli et descend vers ses cieux intérieurs (Shamaim). En ce mouvement, il est la véritable humilité qui conduit l'être à fuir le réactionnel, à se responsabiliser et à assumer la matrice de feu. Il puise sa force dans la qualité d'amour qui grandit au fur et à mesure de ses mutations, amour pour son Dieu, inséparable de celui qui le lie à son prochain. Le monde de l'exil enseigne le respect des droits de l'homme, ce qui sous entend les devoirs de chacun envers l'autre, mais le paradigme fondamental de l'ontologique est l'amour. L'homme est vanité lorsqu'il n'a pas recouvré le jardin d'Eden

"Toi, dit le Christ, tu as fait ton devoir, tu es un serviteur inutile".


"Oser appréhender le grand mystère du mal, c'est reconnaître notre désarroi"   (Paul Ricoeur).

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